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mardi, 30 octobre 2007
Bataille de Poitiers, 25 octobre 732 : encore un anniversaire oublié…
On se souvient qu’en 2005, au motif que Napoléon a rétabli l’esclavage aux Antilles, la République a ostensiblement boudé les célébrations du bicentenaire de la bataille d’Austerlitz, tout en dépêchant le Charles-De-Gaulle auprès des forces navales anglaises afin de fêter dignement la déculottée que le vice-amiral de Sa Gracieuse Majesté avait infligé la même année à la flotte impériale - pourtant supérieure en unités - lors de la bataille de Trafalgar.
Même « oubli » contrit en 2006 pour le quatrième centenaire de la naissance du grand Corneille, au motif cette fois qu’un lointain cousin de l’écrivain aurait été mêlé à la traite négrière. Sans élément probant, mais nos gouvernants collabos n’appliquent-ils pas scrupuleusement le principe de précaution dès lors que certaines « minorités visibles » pourraient y trouver à redire ? (1)
Il faut s’attendre au même silence politiquement correct l’an prochain pour le 140ème anniversaire de la naissance de Chateaubriand. Le cas de l’auteur des Mémoires d’outre-tombe est particulièrement désespéré, son propre père ayant été compromis jusqu’au cou dans la traite esclavagiste. Or en droit français, comme chacun sait, tout individu est responsable des crimes de ses ancêtres…
Quant à la bataille de Poitiers (25 octobre 732), outre que la différence des millésimes n’est pas un multiple de 10 ou de 100 comme on les aime (1275 ans…), c’est pour les mêmes raisons politiquement correctes qu’elle n’a, cette année encore, donné lieu à la moindre ligne commémorative dans nos gros médias.
Nonobstant, ne boudons pas notre plaisir. Rappel des événements :
Partie de Pampelune durant l’été, l’armée des Omeyyades emmenée par le gouverneur d’Al-Aldalus, Abd al-Rahman (Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Rhafiqi pour les intimes), a franchi les Pyrénées et, bousculant les forces du duc Eudes d’Aquitaine, envahi le pays basque et dévasté Bordeaux. Ce dernier se résout à faire appel à son ancien ennemi, Charles de Herstal, duc des Francs.
Charles rejoint les troupes musulmanes à proximité d’une voie romaine reliant Châtellerault à Poitiers et met en pièces l’armée des Arabo-musulmans. Abd al-Rahman est tué pendant la bataille. Les chroniqueurs désignèrent par « l’armée des Européens » l’ensemble des forces fédérées autour du duc Charles. C’est la première fois que cette expression est employée. La tradition veut que ce soit lors de cette bataille que Charles de Herstal acquit le surnom de Martel, par sa vaillance au combat - le marteau était une arme de l’époque. D’aucuns eussent pu le surnommé « le Cogneur »…
La bataille de Poitiers (lieu-dit Moussay-la-Bataille), appelée « chaussée des martyrs » par les Arabes, marque la fin de la progression des musulmans et le début de la reconquête du Royaume franc par les armées chrétiennes. A chacune des époques où l’affrontement des deux civilisations et les deux religions se fera particulièrement âpre - lors de la Reconquista espagnole ou lors des tentatives turques de conquête de l’Europe - elle constitua un symbole fort de la lutte des chrétiens contre les mahométans. Toute référence à l’époque contemporaine ne saurait être une simple coïncidence…
« Sans Charles Martel, écrivit Voltaire (2), la France était une province mahométane »
Henri Dubost pour Novopress
(1) Il est vrai que Corneille était depuis longtemps déjà dans le collimateur de nos commissaires à la culture, lui qui avait ingénument placé ces vers fameux dans la bouche de l’Infante (Le Cid, acte II, scène 5, vers 529 à 546) :
Et mon amour flatteur déjà me persuade
Que je le vois assis au trône de Grenade,
Les Mores subjugués trembler en l’adorant,
L’Aragon recevoir ce nouveau conquérant,
Le Portugal se rendre et ses nobles journées
Porter delà les mers ses hautes destinées,
Du sang des Africains arroser ses lauriers,
Enfin tout ce qu’on dit des plus fameux guerriers,
Je l’attends de Rodrigue après cette victoire,
Et fais de son amour un sujet de ma gloire.
Dans son édition 2003, pensant sauver le poète des foudres des censeurs, La Pléiade remplaça le vers 543 : « Du sang des Africains arroser ses lauriers » par : « Au milieu de l’Afrique arborer ses lauriers », plus présentable. En vain.
(2) Du point de vue du politiquement correct, le cas Voltaire est plus que désespéré : il est carrément curieux. On se demande comment un judéophobe et islamophobe sans complexe aucun, ayant notoirement et en toute bonne conscience acquis sa fortune grâce à la traite négrière peut encore jouir de la moindre visibilité culturelle dans notre pays. Expulsons Voltaire du Panthéon (c’est le mulâtre Dumas, son actuel voisin de caveau, qui va enfin respirer !), rayons l’Arouet de la liste des auteurs autorisés dans nos lycées, rééduquons les professeurs de français, débaptisons les boulevards, rues, places, squares et autres stations de métro qui portent le nom de plume de l’abatteur de calotte, redonnons à la charmante ville de Ferney-Voltaire son toponyme initial, et karchérisons enfin le Réseau du même nom !
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